Cet été, j’ai animé un stage à La Rochelle.

Les jeunes femmes qui y ont participées ont toujours été attirées par le Tarot de Marseille, et elles ont déjà fait plusieurs formations pour apprendre à travailler avec les lames.

Mais elles en ont appris une version figée qui ne les a pas encouragées dans leur passion.

Elles ont donc ressenties un besoin d’aller plus loin.

Voilà donc comment s’est passé notre travail ensemble.

Tout d’abord, il a été nécessaire de les sortir de cette version stéréotypée, pour qu’elles puissent voir à quel point le Tarot est vivant et ne peut se laisser enfermer dans une vision conventionnelle et immobile.

Peut-on enfermer les archétypes dans une cage, alors qu’ils sont vivants et changeants ?

Nous commençons donc par regarder certaines lames, pour voir combien la vision de chacune, face au même arcane est différente.

Chacune réagit à sa façon, certaines aiment beaucoup une lame qui repousse les autres, et ces attirances ou  appréhensions ne s’expliquent pas d’une façon rationnelle.

Cet exercice sert à se les approprier, en se concentrant uniquement sur leurs ressentis et les émotions qui viennent.

Elles « revisitent » donc les lames, y découvrent de nouveaux aspects, ou bien elles valident ce qu’elles pressentaient déjà.

Béatrice m’a avoué qu’elle a beaucoup de mal avec L’Empereur, la lame qui correspond à son chemin de vie.

Elle sentait intuitivement que ce que l’enseignante lui disait à propos de cet arcane ne lui correspondait et ne lui convenait pas.

Elle s’en est ouverte mais elle a été brimée, ce qui l’a beaucoup frustré.

Apprendre à voir cette lame différemment, et surtout savoir que c’est à elle qu’appartient de lui donner son sens a été un immense soulagement.

La suite du travail se fera à travers les ressentis des lames, qui renvoient au vécu de chacune

Je développerai un exemple, afin de voir à travers lui comment ce travail peut se faire d’une manière personnalisée et appropriée à chaque cas.

Les autres seront juste esquissés, sinon cet article n’aurait pas de fin.

Nous verrons comment, le vécu de chacune transparaît à travers leurs « thèmes » et passe, en quelques jours, du « mal » au bien vécu.

La notion du mal, signifie uniquement le travail à faire, pour libérer l’arcane de sa charge émotionnelle, y voir d’autres aspects, afin d’y trouver des ressources nécessaires.

Toutes les lames sont utiles car elles fournissent l’aide nécessaire, pour faciliter ce passage.

Pour mieux ancrer ce travail, nous chercherons aussi un acte symbolique à poser et une phrase qui motive, débloque l’énergie et aide à avancer.

L’histoire de Patricia et le travail que nous avons fait

Pendant l’occupation, sa grand-mère est tombée amoureuse d’un officier allemand et elle a eu un enfant de lui.

L’homme a été tué et elle, tondue à la libération.

Morte prématurément, la grand-mère n’a gardé aucune photo de son amoureux.

Son enfant, donc la mère de Patricia, a toujours refusé de parler de cette absence du père et elle a enfermé sa souffrance dans un profond mutisme.

Cela a entraîné de très mauvais rapports avec son mari, dont elle n’a pourtant jamais voulu divorcer.

Ce secret de famille n’en est pas vraiment un, puisque tout le monde le connaît mais personne n’en parle.

Ce silence a lourdement pesé sur tout le monde et Patricia suffoque sous ce poids de non-dits.

Elle a beaucoup de mal à s’exprimer, et elle a commencé à écrire un livre sur cette histoire familiale.

Mais elle avoue être complétement bloquée dans sa rédaction.

Patricia va rarement voir ses parents car elle ne supporte plus la fausseté de leurs relations.

Elle dit avoir toujours ressenti une grande injustice paternelle, qui s’exprime à travers un très mauvais vécu des lames de L’Amoureux et du Pape.

Sur l’arcane du Pape elle voit son père, qui est dur, trop  sévère et qui veut la punir de ne pas avoir été un garçon qu’il désirait.

Son petit frère a été beaucoup plus aimé et valorisé qu’elle, et Patricia en a conclu que les filles comptent moins que les garçons.

Elle s’est beaucoup sacrifiée pour ce frère, devenu invalide à cause d’un accident.

L’image paternelle et son sentiment d’infériorité ont été la cause de ses relations difficiles avec les hommes.

Elle s’est mariée avec un jeune homme qui ne l’a jamais mise en valeur, et pour qui elle s’est beaucoup sacrifiée aussi.

Divorcée, elle n’arrive pas à retrouver un nouveau partenaire, et elle a très peur de s’engager.

La lame de L’Amoureux lui évoque cette impossibilité de choisir librement, car elle craint un nouvel échec et la souffrance qui en résultera, encore.

La femme âgée (sa mère) la retient, l’amoureux, en culotte courte c’est son frère, et la flèche de l’ange la vise et la menace.

Sur la lame du Diable, elle se voit attachée, aux côtés de ce petit frère, par un père tout puissant.

Liée par ses attaches, elle peine à prendre sa place, à s’affirmer, et elle ne croit pas être digne d’être aimée.

Elle a aussi très peur de trop attacher ses deux filles.

Patricia a 4 Chariots dans son thème et elle ne supporte pas cette lame.

Elle la voit immobile, le prince est un personnage d’opérette et les chevaux la narguent et la défient.

Chacun tire de son côté, les roues sont de travers et elle ne voit pas le moyen d’avancer.

Tant que sa lourde problématique familiale n’est pas résolue, elle ne peut pas prendre les rênes de ce chariot, qui est en même temps son véhicule et son corps.

Submergée par ses émotions, elle cherche à tout rationaliser, alors qu’elle est très intuitive et créative.

Patricia se sent aussi enfermée et bloquée par les deux arbres qui entourent la lame du Pendu.

Il lui est difficile de les définir mais elle comprend qu’ils lui évoquent ses arbres généalogiques.

D’un côté, il y a la lignée de sa mère, donc cette grand-mère qui a été la honte de la famille, puis sa mère effacée, qui ne veut pas admettre à quel point ce père inconnu lui manque.

De l’autre, son père qui refuse de parler de sa famille.

Bien qu’elle soit une jeune femme très attirante, Patricia fait tout pour se couper de sa féminité.

Comme elle ressemble à sa grand-mère, elle a inconsciemment peur d’être exclue et punie, comme elle.

Nous trouvons la voie de sortie à travers la lame de La Justice.

Cet arcane l’invite à rétablir la justesse de l’histoire familiale et de rendre justice à chacun de ses membres.

Il peut ainsi les aider tous à prendre leur juste place et permettre à Patricia de s’affirmer au sein de sa famille.

L’épée de La Justice peut trancher tous les liens trop lourds, et sa droiture apporte l’impartialité, libérée de tous les jugements moraux.

Sur la coiffe de l’arcane Patricia voit un soleil qui peut éclairer et permettre à ce secret d’être mis au grand jour.

Patricia sait qu’elle a toujours voulu faire ce travail et elle se sent prête.

Elle est aussi très heureuse d’apprendre qu’elle peut le faire différemment qu’avec des mots, puisqu’elle a du mal à s’exprimer.

Je lui parle des actes symboliques qu’elle peut poser, et, je lui suggère un collage.

Elle en est très étonnée car elle en a déjà fait et se sent très attiré par ce mode d’expression.

Patricia décide donc de faire une sorte d’arbre généalogique, qui se concentrera essentiellement sur cette lourde absence du grand-père.

Elle lui donnera un visage, en trouvant une ancienne photo d’un bel officier, et la mettra à côté de celle de sa grand-mère, souriante et heureuse.

Elle soulignera le lien entre les deux et sa mère et s’accordera une grande place au milieu, sans exclure son père ni son frère.

Puis, elle mettra l’image d’une calèche qui roule à belle allure, tirée harmonieusement par deux chevaux blancs et conduite par un homme détendu et sûr de lui.

Elle collera aussi une déesse de la justice qui tranche les liens qui l’attachent au Diable.

Patricia peut à présent ressentir toute la puissance de cette lame, qu’elle représentera par l’image de l’ange, porteur de la lumière dans les ténèbres.

Elle a aussi envie de coller une Porche rouge, elle au volent, libre et souriante, et un bel jeune homme à ses côtés.

Dans une lettre très émouvante, Patricia m’a écrite que depuis qu’elle a fait ce travail, beaucoup de choses se sont débloquées.

Elle a beaucoup aimé son collage et elle compte en parler avec ses parents, et même le leur montrer.

Comme elle se sent beaucoup plus libre, elle peut libérer ses deux filles, en ne gardant que les liens d’amour et de confiance.

Elle n’a pas encore trouvé son amoureux mais elle se sent prête à envisager une nouvelle relation.

La parole à Marie-Ange

Très gênée par la nudité de L’Étoile, qu’elle trouve laide, elle aime beaucoup les étoiles, comme les cadeaux qui tombent du ciel.

Je lui montre la lame du Soleil, avec les deux jumeaux à moitié nus.

Cette nudité enfantine ne la gêne pas, et elle voit aussi les gouttes colorées et gaies.

Le Soleil lui sourit et son rayonnement l’autorisera à ne plus se cacher, et à faire rayonner sa féminité.

Son acte symbolique : faire une fête, avec des guirlandes lumineuses où ses amies déverseront sur elle des confettis dorés en forme d’étoiles.

Élise a beaucoup de mal avec la lame du Jugement

La trompette de l’ange fait trop de bruit et crée une ambiance de chaos qui l’empêche d’entendre et de s’écouter.

Elle a été si dérangée par l’ambiance de la grande ville, qu’elle s’est réfugiée à la campagne.

Mais, même dans le silence, elle n’arrive toujours pas à définir ses véritables désirs et à entendre la voix de son cœur.

Nous prendrons l’arcane de Tempérance, un autre ange, celui de la fluidité et de l’équilibre.

La femme présente sur cette lame est calme, et dans sa grande bienveillance elle peut l’entourer de ses ailes et lui donner un sentiment de sécurité.

Elle la regarde avec douceur et tendresse, comme si elle lui disait : « tu as le droit… »

Élise ira simplement au bord d’un ruisseau et elle écoutera le bruit de l’eau, qui l’apaisera et la mettra en contact avec son intériorité.

Diane ne sait plus comment avancer

Elle s’est toujours mise au service et ne s’accorde pas le droit de vivre pour elle.

Alourdie par les croyances familiales, elle considère que les autres sont toujours plus importants, et elle s’épuise à les satisfaire, bien qu’elle s’en veuille de ne pas savoir dire « non ».

Elle s’oublie et ne prend pas le temps de s’occuper de ses propres besoins.

Elle a un grand potentiel, mais ne sait pas comment le libérer et le mettre à son service.

Elle se sent égarée et arrive à se demander ce qui pourra la faire avancer dans sa propre vie.

La phrase : « je roule pour moi sur mon chemin » l’enchante, et elle va en faire son mantra.

Delphine et sa Roue de Fortune

Elle y voit sa mère, assise au sommet, et qui tient un glaive, comme une épée de Damoclès.

Delphine est cette bête qui essaye péniblement de remonter mais elle dit qu’elle n’y arrivera jamais.

La Roue de Fortune est une lame de l’identité par excellence, et celle de la répétition des schémas familiaux.

Bien qu’elle approche de la soixantaine, Delphine n’a jamais trouvé le moyen de s’affirmer.

Son père est mort quand elle avait 7 ans mais sa mère ne le lui a jamais dit.

Elle a eu un choc immense à l’école, quand la maîtresse lui a demandé d’écrire : le père décédé.

Rentrée à la maison, elle a demandé des explications mais sa mère a refusé de lui en parler.

Delphine n’a donc jamais pu accepter cette réalité, ni faire son deuil.

Son acte symbolique : publier dans le journal une annonce officielle, le jour anniversaire de la mort de son papa.

La Maison Dieu dans la perception d’Yvonne

Elle y voit un grand danger, un écroulement, comme si une tempête s’était abattue sur elle et a bouleversée toute son existence.

Elle se voit comme ces personnages qui tombent, pour se retrouver dans le désert.

Grâce à L’Empereur, elle pourra rebâtir une nouvelle tour qui l’abritera.

Son acte symbolique : jouer avec des légos, pour construire sa nouvelle maison.

Eva vit avec un sentiment de fatalité

Elle croit que si quelque chose de bien lui arrive, il en résultera une punition.

Elle se sent toujours coupable, même des malheurs qui arrivent aux autres.

Elle voit Le Pendu condamné à souffrir et L’Arcane Sans Nom l’effraye.

C’est L’Hermite qui lui sera d’un grand secours.

Sa grande cape peut l’abriter, et sa lumière l’aide à comprendre que cette culpabilité lui vient de ses parents qui l’ont rendu responsable de la mort de sa petite sœur.

Il n’y a que son grand père qui l’a toujours défendu et lui a donné beaucoup d’amour et de tendresse.

Et l’Hermite représente ce grand père.

Elle le met face à la Non Nommée et dit que L’Hermite  peut éclairer les ombres du passé pour s’en défaire, petit à petit.

Ainsi, Le Pendu pourra se libérer de ses liens et se retourner, pour ne plus être prisonnier du passé et de la fatalité.

Debout, il lui évoque les danseurs irlandais qu’elle aime beaucoup.

Son acte symbolique : apprendre cette danse dans un groupe auquel elle s’inscrira.

Martine est enfermée dans la lame du Monde, dont la couronne l’enserre

L’aigle de l’arcane peut lui faire mal et même l’ange ne sera d’aucun secours.

Elle voit juste la baguette du personnage et celle-ci lui fait penser à celle du Bateleur.

Le jeune homme dit : « ce n’est pas grave, tu as tous les outils pour t’en sortir ».

Il est insouciant, ce qui lui donne beaucoup de légèreté et comme s’est un jongleur, il peut devenir magicien.

Martine se souvient combien elle a aimé les tours de magie dans son enfance et elle décide de s’acheter une panoplie du petit magicien.

Tous les problèmes n’ont bien évidemment pas été définitivement réglés lors du stage, mais toutes les participantes ont eu d’importantes prises de conscience de ce qui les a bloquées depuis tant d’années.

Elles ont pu exprimer librement leurs émotions, dans une ambiance de soutien et de bienveillance mutuelle.

Nous sommes restées ensemble lors de ces quelques jours et cela a été très bénéfique pour maintenir cette ambiance.

Il leur reste du chemin à faire mais elles ont trouvé des ressources nécessaires, les phrases « magiques » et les actes symboliques à poser.

Et elles savent qu’elles pourront toujours trouver de l’aide auprès des autres car leur amitié s’est renforcée.

Et je continue à les suivre à distance.

Et vous savez quoi ?

À la fin, nous sommes allées dîner, puis, nous avons dansé comme des folles 🙂

 

 

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