L’être humain est un animal social, comme le soulignait déjà Aristote, et être en relation comble l’un de ses besoins fondamentaux.

Nous cherchons tous à être en lien, quelle que soit leur nature mais pourquoi si souvent, nous nous en plaignons, en souffrons, voire en sortons blessés ou détruits.

Et pour quelle raison une relation saine demeure une des choses les plus difficiles à réussir ?

Parce que, et quoi que nous en pensions les jeux de pouvoir sont présents en permanence chez l’être humain.

Je vous vois déjà vous révolter et vous écrier : « quoi, moi jamais !!! ». D’accord 🙂

Mais que celui qui ne s’est jamais livré à une petite manipulation innocente lève la main.

Sans aborder les relations toxiques, nous possédons tous (et moi aussi) cette facette un peu sombre.

Et il ne s’agit pas de juger quiconque ou encore culpabiliser, juste avoir l’honnêteté de l’admettre, et essentiellement mettre en lumière ce qui se joue, souvent de manière inconsciente.

Et savoir que nous réagissons ainsi pour combler nos manques et besoins non satisfaits.

Donc, que nous sommes humains, pas parfaits, juste perfectibles.

Et dans cette optique, nous devons d’abord comprendre l’origine des jeux de pouvoir.

D’où viennent-ils et pourquoi les utilisons-nous ?

En premier lieu ce sont nos peurs inconscientes, et leur nature est diverse :

  • Celle de déplaire, d’être exclu, rejeté abandonné, donc pas accepté et aimé. Ses racines sont profondes car elle se forme dans notre enfance
  • Celle de la rupture relationnelle
  • La crainte du conflit, sous-tendue par l’incapacité de se positionner face à l’autre
  • Peur de le blesser

L’une d’elles ou parfois plusieurs réunies, nous font accepter ou subir ce qui ne nous convient pas, voire nous mettent dans des situations inconfortables.

Nous les endurons aussi par crainte d’une autre peur, encore plus profonde, celle d’être confronté à soi-même.

Faire face aux critiques, entendre ce que nous refusons, nous est trop désagréable.

Et nous oblige à nous remettre en question, à réviser un certain nombre d’attitudes et de croyances que nous entretenons.

Notre équilibre est ainsi déstabilisé, notre sentiment de sécurité affaibli et notre cadre de référence chancelle.

Et comme nous le savons, la peur du changement est profondément enracinée en chacun de nous.

La nécessité de préserver cet équilibre, même instable, comme la non-reconnaissance de nos véritables besoins et limites engendre ces jeux de pouvoir.

Mais qu’est-ce qu’est exactement un jeu de pouvoir ?

Il consiste à essayer d’avoir une emprise sur l’autre, afin de gagner ou de garder un contrôle sur lui. Comme à vouloir qu’il se comporte, agisse, dise, ou ressente ce que nous voulons.

Comment l’identifier ?

Bien que la plupart de ces jeux de pouvoir soient inconscients, il y toujours des indices qui nous mettent sur la voie.

Cela peut se traduire par de différentes stratégies visant à mettre l’autre sous pression, lui faire accepter nos demandes et à le mettre dans l’impossibilité de refuser, en éveillant sa culpabilité ou son envie d’aider.

Ou bien jouer les victimes, afin qu’il se sente supérieur et endosse le rôle du sauveur.

Un autre moyen est de décoder un double message, c’est-à-dire une incompatibilité entre la demande explicite et implicite.

Donc, entre ce qui est dit et le sous-entendu, qui cache la véritable requête. Comme si la personne espérait que nous comprenions ses désirs et y répondions.

Le malaise qui en résulte nous donne une piste précieuse.

En fonction de notre capacité à nous affirmer, à nous positionner fermement et à savoir dire, « non », comme à l’entendre, sans en être affectés, nous entrons plus ou moins dans ce jeu de pouvoirs.

Et ce qui est surtout important de comprendre est que nous ne subissons jamais sans l’accepter, même inconsciemment.

Pour qu’il y ait un « bourreau » il faut une « victime » et une tentative de jeu de pouvoir ne fonctionne, que si elle est alimentée par ce consentement (même inconscient) d’entrer dans le jeu de l’autre.

A partir du moment où la situation se reproduit, il s’instaure une sorte de « complicité involontaire ».

Dont il n’est possible de sortir qu’en prenant conscience de cet état de fait.

Car, en n’exprimant pas nos limites, nous donnons à l’autre l’autorisation de les transgresser.

Alors que le pouvoir que quelqu’un a sur nous ne dépend que de celui que nous lui donnons.

Et puisque son jeu a besoin du nôtre pour fonctionner, nous pouvons le désamorcer.

Il ne dépend que de nous de ne plus subir et de reprendre notre autonomie.

Pas facile, me diriez-vous, puisqu’il y a tant de victimes innocentes…

Mais il ne s’agit pas ici de débattre des questions de société ou des malheurs du monde, contre lesquels nous sommes impuissants, juste de trouver des pistes pour notre propre vie.

Comme de nous donner des moyens de ne plus entrer dans ce jeu ou du moins être conscients de ce qui nous y pousse.

Et cela commence par la prise de conscience de nos zones d’ombre, nos blessures et nos motivations cachées.

Pour commencer un long travail de nettoyage, de guérison de nos charges émotionnelles et des mémoires qui y sont associées.

Certaines blessures profondes ne cicatriseront jamais entièrement mais nous pourrons avancer avec ou malgré elles, en en prenant bien soin.

Pour qu’elles ne nous empêchent pas de rendre nos relations plus saines et constructives.

Face à la complexité de nos liens, point de recettes efficaces, surtout si celles-ci sont appliquées sans une certaine connaissance des phénomènes relationnels.

Évitons donc juste de tomber dans ses plus gros pièges,
à l’aide de quelques bons principes :

– Trouver un équilibre en soi pour ne plus être déstabilisé, en nous ancrant d’abord dans notre corps, puis en déjouant au mieux les schémas inconscients qui dictent nos conduites

– Rester conscients de nos « programmations » et croyances qui engendrent la peur, la fuite ou encore la volonté du contrôle, comme le désir de perfection

– Se donner la permission de faire des erreurs, ne pas combattre ce que nous n’aimons pas chez nous (au risque de le renforcer)

– S’accueillir dans toutes nos facettes, sans jugements ni culpabilité mais avec une volonté sincère d’évoluer

– Cesser d’étouffer nos émotions, les exprimer de manière appropriée, et rester à l’écoute pour ne pas nous couper de nos ressentis. Car ce sont eux qui nous signalent nos manques

– Apprendre à reconnaître nos besoins véritables.

– Sentir à partir de quand ils ne sont plus satisfaits et le signaler. Demander aussi ce qui est acceptable pour notre partenaire

– Connaître et savoir fixer nos limites, nous permet de nous respecter. Puisque comment demander à l’autre de le faire, si nous n’y arrivons pas nous-mêmes ? Et ce respect de soi facilite celui de l’autre

– Tâcher à assumer une entière responsabilité de nos actes et paroles. Exprimer ce que nous ressentons le plus clairement et honnêtement possible, sans avoir peur de la réaction supposée de l’autre. Rester authentiques, en accord avec nos valeurs

– Formuler nos demandes de façon explicite

– Ne pas prendre la responsabilité de ce que l’autre vit, c’est-à-dire ne pas vouloir le prendre en charge ou culpabiliser pour ce qui lui arrive. Ce n’est pas de l’indifférence, juste une capacité d’écoute vraie mais détachée. Et tant qu’il ne demande rien, abstenons nous de conseils ou d’une intervention quelconque dans ses affaires

– Ne pas projeter sur lui nos propres désirs et attentes. Ce qui nous oblige à les clarifier d’abord en nous, afin de ne pas l’obliger à deviner ce que nous voudrions qu’il fasse

– Et inversement, ne pas s’exposer à cette situation en lui demandant clairement quel est son désir

– Être prêt à entendre un refus, sans en prendre ombrage. Si quelqu’un dit « non » à une de nos demandes, cela ne veut pas dire qu’il nous rejette

– Ne pas essayer de se justifier ou encore de chercher à avoir raison à tout prix mais rester ouvert à toutes les suggestions et les solutions possibles

– Refuser l’interférence des tiers dans la relation

– Écouter ses malaises comme des alliés ou des indicateurs précieux d’un dysfonctionnement qui s’est installé et les exprimer. Si l’autre les ressent aussi, il est bon de les analyser ensemble

– Sortir de la crainte d’une confrontation. Contrairement aux conflits malsains ou larvés, les confrontations constructives expriment une volonté de dialogue, dans le respect mutuel. Faire l’autruche n’est jamais une bonne stratégie à long terme car rien ne s’arrangera tout seul ou avec le temps. Comme la fuite, cela ne fera qu’empirer les choses. Souvent, nos peurs nous empêchent d’exposer notre mal-être. Nous attendons trop longtemps, et à force de subir les frustrations, nous laissons la relation se dégrader, jusqu’à ce qu’elle devienne insupportable et irréparable.

Alors qu’un dialogue véritable nous permettrai de la reconstruire sur des bases plus satisfaisantes.

– Tirer des enseignements de toutes nos expériences, sans les qualifier de bonnes ou mauvaises. Car se sont souvent les pires qui nous font grandir et évoluer, et toute relation peut être constructive à travers ce qu’elle nous aura appris…

Lorsque nous désamorçons un jeu de pouvoir, nous nous exposons parfois à une rupture relationnelle car l’autre peut refuser d’accepter ce changement. Et la séparation peut être fort douloureuse.

Mais nous savons bien qu’il ne modifiera son comportement que s’il le veut bien.

L’illusion de pouvoir changer quelqu’un est une utopie, comme un piège tenace car cela restera toujours hors de notre pouvoir.

Et si nous voulons lui imposer ce changement, nous retombons encore dans un jeu de pouvoir.

Alors, vous êtes toujours là ?

Pas simple, me diriez-vous. Mais ai-je jamais dit que cela serait facile ? Non, juste faisable, et cela en vaut la peine.

Sinon, même en changeant de partenaire, nous retomberons dans nos anciens schémas.

Et que ce soient des relations amoureuses, familiales, amicales ou sociales, les jeux de pouvoir se jouent partout.

Êtes-vous prêts à vous engager dans ce cheminement où les embûches se présentent tous les jours ?

Vivre au quotidien des relations constructives est possible mais cela exige une discipline et une conscience claire, ainsi qu’une volonté sincère.

L’apprentissage ne se fait que par la pratique, en gardant confiance dans nos ressources. Comme en acceptant nos erreurs.

Et seule notre justesse intérieure permet de transmuter l’amour du pouvoir en la puissance de l’amour.

 

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