Nous vivons une époque riche et pleine de promesses où tant de connaissances, lesquelles, pendant longtemps étaient réservées uniquement aux maîtres ou aux initiés deviennent accessibles à tous.

Et si c’est chose merveilleuse que ce savoir soit disponible, comme d’habitude, la médaille a son revers.

Lors des apprentissages, des initiations ou le cheminement avec les sages « l’élève » avait le temps d’assimiler la connaissance et à s’en familiariser.

Pas à pas, à son rythme et d’une façon progressive.

Aujourd’hui, dans la « jungle » de l’Internet, dans la profusion des livres, des blogs, des vidéos, où le meilleur côtoie le pire, on peut si facilement tomber dans des pièges.

Comme ceux du développement personnel ou encore de la fausse spiritualité.

Face à tous ces « gourous » aux dents blanches (et longues), qui nous abreuvent de leurs promesses et surtout de leurs méthodes infaillibles, il est facile de croire que le bonheur, l’abondance, voire l’éveil sont à la portée du plus grand nombre.

Et sans beaucoup d’efforts…

Si vous me lisez depuis un certain temps, vous connaissez ma méfiance envers ces techniques qui vous laissent déçues, désabusés… et les poches vides, en prime…

Sans être une adepte de mortification quelconque, je garde un attachement au cheminement, long, patient et souvent éprouvant.

Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. Disait Khalil Gibran

Et s’il suffisait de lire le dernier livre, d’appliquer la dernière méthode en date, pour atteindre la paix, la sérénité et le bonheur, cela se saurait… ne croyez-vous pas ?

Il m’arrive souvent de recevoir des consultants qui m’annoncent d’emblée qu’ils effectuent ce travail depuis de longues années.

Les plus lucides en voient des bénéfices mais savent aussi qu’il reste toujours des choses à apprendre, des blessures à cicatriser, et que le chemin ne se termine jamais.

Et ils ont envie de le poursuivre.

D’autres veuillent comprendre pourquoi, après toutes ces années, ils en sont toujours au même point, et parfois ils s’en accusent et culpabilisent.

Il y a aussi de complétement largués qui baissent les bras.

Rassurez-vous : comme je l’annonce depuis la première page, je ne détiens aucune vérité, ni encore la clé d’un bonheur constant et durable.

Je prône juste ce cheminement, étape par étape, pas à pas, dans une patience infinie et l’auto-empathie.

J’en ai expérimenté, à peu près, toutes ces étapes, comme les pièges, et j’ai même failli tomber entre les griffes d’un gourou autoproclamé.

Et oui, malgré tout mon rationalisme et ma méfiance extrême…

Parfois, c’est une envie de mieux se connaître qui nous motive à nous engager sur ce chemin d’exploration mais dans la plupart de cas, c’est la souffrance, le mal-être intérieur et le désir d’y échapper qui nous y poussent.

Et nous font souvent tomber dans ce gros piège : suivre celui qui va nous promettre que grâce à sa méthode nous atteindrons le Nirvana…

Est-ce toutefois possible, voire souhaitable ?

Nous voulons tous aller mieux et il faudrait être maso pour désirer le contraire.

Mais ce désir légitime ne devrait pas nous ôter le bon sens le plus élémentaire.

Comme la compréhension que rien n’arrive par miracle.

Contrairement à tous ces courants à la mode qui essayent de nous convaincre qu’il suffit de lâcher prise, d’appliquer la loi de l’attraction ou de pratiquer la pensée positive.

Face à toutes ces injonctions répétées en boucle, nous finissons souvent par nous sentir impuissants, voire complétement nuls.

Et au lieu de nous aider, cela nous met dans une position de faiblesse.

Si la technique de la baguette magique que j’ai évoquée dans mon article précèdent reste un bel outil pour nous connecter à nos rêves ou à nous projeter dans l’avenir, malheureusement, elle n’est pas d’une grande utilité pour certains.

Nombre de personnes me demandent tout simplement : comment faire ?

Car elles se trouvent démunies face à ces belles théories, et qu’elles n’ont simplement pas les moyens de les appliquer, à l’endroit où elles se trouvent sur leur chemin.

Dire : aime-toi à une personne plongée dans un complet déni de soi, est une utopie ou au pire, la meilleure façon de lui faire encore plus mal.

Le lâcher-prise devient pour beaucoup un terme qu’ils abhorrent. Parfois, parce qu’il est trop abstrait ou bien qu’ils l’assimilent au laisser aller.

Et le plus souvent, parce qu’ils ne savent pas comment faire, en pratique.

Répéter : sors de ta zone de confort à celui qui vit avec le sentiment de n’en avoir jamais eue, tombe encore tout à fait à côté de la plaque.

L’injonction : positive, remue-toi ou arrête de te plaindre, adressée à une personne en deuil ou en profonde souffrance, s’apparente à mes yeux au manque complet de l’humanité.

S’il y a un refus, il implique toujours les peurs, les blessures non cicatrisées, les bagages trop lourds ou les auto-sabotages.

Mais ceux-là ont toujours leurs raisons d’être, et outre les éternelles victimes, personne ne fait exprès de les entretenir.

Et souvent, la meilleure volonté du monde est impuissante, face à la force de ce qui « bloque », depuis tant d’années.

Jung nous explique combien « nous dépendons, dans des proportions angoissantes, d’un fonctionnement ponctuel de notre psychisme inconscient ».

Dont nous sommes si souvent des marionnettes.

90% de notre psychisme, tel un iceberg immergé influence nos actes.

Et la conscience, notre plus précieuse alliée est « entourée par les abîmes de l’inconscient comme par une mer menaçante ».

Mais cette conscience est présente, et dans la connexion avec notre Soi, elle nous offre la possibilité d’ouvrir le dialogue et de diminuer cette « menace » qui pèse sur nous.

Grâce à notre partie lumineuse et reliée, qui détient nos propres réponses et ressources.

Mais comment donc y accéder ?

Souvent, nous sommes conscients de nos problèmes et nous avons un désir sincère de les résoudre mais nous manquons cruellement de moyens pour mettre en œuvre nos résolutions.

Nous sommes également inégaux devant la souffrance et notre capacité à la surmonter dépend de tant de facteurs divers.

Dont la grande partie est la lourdeur de nos « bagages ».

Notre aptitude à y faire face diffère d’une personne à l’autre.

Beaucoup de personnes ayant un parcours moins difficile s’en sortent moins bien que ceux qui ont subi de dures épreuves.

Et comme le dit Boris Cyrulnik, la capacité de résilience ne concerne qu’un faible pourcentage de traumatisés.

Lorsque nous avons été trop blessés dans la vie, nous sommes contraints de mettre en place, ce processus de résilience jusqu’à la fin de nos jours.

La blessure est enfouie, maîtrisée, transformée, mais elle ne guérit jamais complètement.

Et le tourment psychique dure, tant que nous ne parvenons pas à reconnaître et à faire reconnaître notre souffrance.

Mais tant de personnes verrouillent leurs émotions, les anesthésient et s’en coupent, par peur d’être ravagés et submergés par l’intensité de ce qui a été si longtemps réprimé.

Il n’y a aucune règle et personne n’est à blâmer, c’est juste ainsi et ça restera un mystère.

Sans toutefois être une fatalité.

La guérison est toujours envisageable et possible mais s’est un processus long et progressif qui demande du temps, de la patience et un accompagnement approprié.

GuérisonEt surtout, beaucoup d’empathie, de compréhension, de l’écoute, et essentiellement des moyens concrets et applicables au quotidien.

Ils ne seront jamais les mêmes d’une personne à l’autre car ce qui a aidé quelqu’un ne sera pas efficace pour l’autre.

D’où encore ma méfiance envers ce déferlement de la pensée unique et magique, en prime… celle qui est censée agir sur tous.

Cette pensée positive, ainsi que sa fidèle compagne, la loi d’attraction, que personne ne peut ignorer de nos jours.

Si simple en occurrence…

Mais s’il suffisait de penser ou de visualiser intensément quelque chose pour que cela arrive…

À ce compte-là, nous serions tous beaux, riches et en parfaite santé.

Bien entendu, cela ne peut pas nuire, et il est bon de garder un esprit ouvert.

Mais lucide aussi.

Et savoir qu’il y a des limites objectives. La première de ces limites étant que nous attirons, certes, toujours et sans cesse, mais que nous attirons à partir de la totalité de qui nous sommes.

Donc, de notre état d’esprit conscient mais surtout de notre état affectif inconscient, de nos blocages et nos croyances.

Si une personne porte fermement ancrée en elle la croyance : « Le monde est dur et il faut se battre pour survivre », elle n’accèdera pas à l’éventualité d’une vie plus douce et plus légère, et ne pourra donc pas la vivre.

Notre cadre de croyances filtre les pensées « admissibles » qui en attireront d’autres, du même type.

Puis, ces pensées généreront une émotion qui entraînera à son tour notre imaginaire, et une réalité qui finira par se matérialiser.

Il est donc nécessaire d’admettre que si notre inconscient porte nos potentialités inexplorées, il contient aussi nos ombres, nos blessures vives et les nœuds qui n’ont pas été dénoués.

Ainsi, une application plus réaliste de cette loi d’attraction consisterait à regarder tout cela le plus lucidement possible, et de prendre conscience qu’il serait plus efficace de pacifier ce qui a besoin de l’être, pour agir sur notre destin plus durablement que par la répétition fervente d’affirmations positives.

Car, ces demandes adressées à l’univers ou à Dieu, nous gardent en quelque sorte en position passive, comme dans l’attente d’un « miracle ».

Alors que sortir de nos conditionnements demande des efforts à faire.

Si l’imagination ouvre la voie du devenir, elle gagne toutefois à être en relation avec notre essence profonde, et avec ce qui veut s’exprimer réellement en nous.

Quelles sont nos motivations et pourquoi désirons-nous cette fameuse abondance ?

Pour nous sécuriser, dépasser nos conditionnements et nos problèmes pas réglés ou pour combler les manques de l’enfance ?

Servir le paraître ou enrichir l’être ?

Réaliser nos rêves créateurs ou ceux influencés par nos peurs ?

Le déploiement de nos talents servira-t-il la création collective ou juste nos propres ambitions ?

Élevée en dogme, la pensée positive peut glisser du côté d’une pensée magique qui affirme que tout est possible.

Avec son autre danger : si nous n’obtenons pas ce que nous appelons de tous nos vœux, nous nous mettons à douter de nous et même à nous sentir coupables.

Et une autre embûche nous guette : la croyance que nous pouvons tout contrôler.

Nous l’espérons et nous essayons de le faire sans arrêt. Nous tentons de contrôler notre vie, nos pensées, nos émotions, comme ce que nous désirons, et même ce que nous sommes.

Alors que rien n’est contrôlable dans la vie, qui coule juste à travers nous.

Et nous avons généralement une vision réduite de notre existence : nous ne percevons qu’un seul aspect de la réalité, se réduisant à l’expérience physique avec un sentiment de continuité, entre le passé, le présent, et le futur.

Alors que notre vrai « Moi » est bien plus vaste et insaisissable que ça.

Avoir l’humilité d’admettre la complexité de tout ce qui se joue en nous, en permanence, nous permettrai d’agir au mieux, en conscience et sans tomber dans les pièges de ce positivisme forcé, qui bien souvent nous nuit plus qu’il ne nous aide à évoluer.

 

 

Ce site utilise des cookies pour recueillir des informations concernant l'audience et pour faciliter le partage sur les réseaux sociaux. En continuant à naviguer sur ce site, vous acceptez l'utilisation des cookies. En savoir plus

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close